Les USA ont demandé à l’UE l’autorisation d’exploiter la mention “château” pour leurs vins exportés en Europe. Paris refuse. Mais le ministre de l’Agriculture français Stéphane Le Foll reconnaît lundi avoir du mal à convaincre ses partenaires européens de le suivre.
A l’origine, une demande des Etats-Unis qui aimeraient affubler les étiquettes de leurs vins de l’appelation “château”, jusque là essentiellement française. Les experts des 27 pays de l’UE doivent se retrouver mardi à Bruxelles pour évoquer la demande d’autorisation déposée à ce sujet par les Américains. Toutefois, il n’ya aura as de vote sur la question dans l’immédiat. “Finalement, il n’y aura pas de vote mardi et les négociations vont se poursuivre”, a indiqué une source européenne.
Un report qui sonne comme un sursis pour la France. car apparemment, Bruxelles est disposé à lâcher cette appellation. “La Commission veut lâcher sur l’appellation ‘château’, ce à quoi la France est opposée”, a souligné Stéphane Le Foll en marge d’une réunion avec ses homologues européens à Bruxelles. “On est dans une discussion difficile”, a-t-il concédé, en reconnaissant que les autres pays européens “ne sont pas pour l’instant avec nous” sur ce dossier très sensible notamment pour les viticulteurs bordelais. “La France est particulièrement attachée” à cette dénomination “qui est notre spécificité dans le cadre de la viticulture, les autres pays le sont beaucoup moins”, a-t-il résumé. En clair, seule la France serait impactée par un tel abandon. Elle se retrouve donc seule face aux USA.
Mi-septembre, la Fédération des grands vins de Bordeaux(FGVB) avait accusé la Commission européenne de vouloir “brader la mention château aux exportateurs américains”, mettant en garde contre “une distorsion de concurrence à l’égard de nos exploitations viticoles et une tromperie pour les consommateurs”. Et pour cause : en France, la mention “château” désigne un vin d’appellation d’origine contrôlée issu à 100% de raisins récoltés et vinifiés sur la propriété, rappelle la FGVB. La demande américaine, qui remonte déjà à 2010, porte sur une définition moins restrictive, pour des vins produits par un producteur ou un groupe de producteurs à partir de raisins issus de leurs vignes, ou de vignes “qui ont été traditionnellement exploitées” par ce producteur ou groupe de producteurs. De plus, la réalité du droit américain est encore plus laxiste et permet par exemple à des vins de n’être produits qu’à base de 75% de raisins d’un terroir donné pour bénéficier d’une appellation d’origine contrôlée, relève la FGVB.
Outre la France, l’Italie et le Luxembourg autorisent également la mention “château”, mais cela ne concerne que très peu d’exploitations. Et le Chili et le Canada ont déjà négocié ce droit, même s’ils n’en font qu’un usage limité. Selon une source diplomatique française, Paris plaide à présent pour que la décision soit reportée dans le cadre des négociations plus générales sur un accord de libre échange avec les Etats-Unis, où de nombreux points restent à résoudre comme celui des vins bio, qui ont une définition nettement moins restrictives aux Etats-Unis qu’en Europe. “A quoi cela sert-il de faire d’emblée des cadeaux aux Américains avant d’avoir négocié le reste avec eux ?”, s’interroge-t-on de source française.
Réponse de Bruxelles : les Américains ont déjà fait un pas en vers l’UE, en autorisant l’importation des vins européens de cépage avec mention du millésime, ou en restreignant l’utilisation des termes tels que Champagne, Sherry (Xérès) et Porto. En 2011, l’UE a exporté vers les Etats-Unis pour 2,2 milliards d’euros de vins.